Yves Viollier "Raymonde"

"Oh Dieu, pourquoi donc en mourant ne nous as-tu pas mués en dieux ! Ma trajectoire quand je m'éfforce de toute mon âme de la maintenir en droit ligne, si je me retourne elle ressemble à ces sillages laissés par les avions, dont le trait un instant précis, peu à peu se dissout, devient flou. Et tout est à refaire, tout s'efface, tout se ternit. Seigneur, donne moi un bout de ton crayon à la pointe si bien taillée, et guide ma main, que je fasse le portrait de ta création, que ce que j'écris te ressemble" Yves Viollier "Raymonde"



"Il va sans dire que la vie n'étant pas une bibliothèque rose elle ne respecte guère ces intentions édifiantes" François Nourissier in "Musée de l'homme"
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mardi 18 mai 2010

François Nourissier pour toujours... dans mon coeur....

Dans notre coeur et nos vies...

 "J'étais devenu mon propre fantôme. A la façon des fakirs, capables de traverser une foule sans qu'on les remarque, ou du héros d'un conte de Chamisso, je ne projetais plus sur le sol aucune ombre, même aux lumières rasantes du levant et du couchant. Le monde était devenu irréel. Mes orbites étaient-elles vides ou le paysage, sous mes yeux, s'était évanoui ? Dieu et les maîtresses de maison me pardonnent : j'étais en train de prendre congé" François Nourissier in "le Musée de l'homme"

Il a 83 ans ce jour (pendant que mon dernier fils Erwann a 6 ans, quel coup de maître de faire naître son enfant pile poil le jour de la naissance de son auteur qui m'aura accompagné presque toute une vie). Il a donc 83 ans, et je ne sais s'il s'en rend compte. Est ce que son état lui permet d'apprécier les levers de soleil, de s'amuser de la musique de la pluie battante sur la vitre, sourit il encore à l'écoute des oiseaux qui chantent, est il encore ému par un geste de tendresse ? Je n'en sais rien et ma foi, j'imagine mon cher François Nourissier entouré de ses enfants... Je ne veux pas le croire seul abandonné... Il manque, son eau de feu brule encore en mon âme, j'aime encore aller le retrouver dans ses livres. Comme il nous l'avait ordonné jadis ""Allez les visiter! Faites durer ces miracles: les écrivains s'ennuient si vous laissez leurs livres fermés, leur maison vide." Je n'ai que supprimé le mot mort dans cette citation... Nourissier ne mourra pas. Il vivra et il vit encore caché au fond de mes souvenirs, mon coeur... Je lui donne rendez vous assez souvent. J'aime toucher ses livres et je pense à lui. Je frémis tous les matins quand j'ouvre mon ordinateur ou quand mon réveil s'allume de peur d'apprendre la nouvelle inéluctable. Synonyme pourtant de libération. 

"Immortel ? Va sans dire ! Enracinée en moi, cette certitude s'est épanouie au long des années à la façon d'un arbre, mais qui ne produirait ni fruits ni ombre. Cadets, amis, famille, il semble qu'on ne partage pas toujours ma conviction. Tout se passe comme si l'on avait oublié d'informer ceux qui m'entourent d'un privilège pourtant notable. A moins- je m'en suis avisé tard - que les incrédules ne jouissent eux aussi de cette prérogative d'immortalité que j'ignore qu'ils possèdent, qu'ils ignorent que je partage avec eux. Comment un homme qui ne mourra jamais peut-il se préoccuper de son âge ? " François Nourissier in Bratislava...

Certes je n'ai jamais eu l'occasion de le croiser, de le remercier des sublimes héroïnes Sabine qui m'ont redonné ma fierté d'en être une. On m'a dit qu'il était spécial, un peu tordu... Mais les écrivains doivent ne pas ressembler à Monsieur Tout le Monde, Yves Viollier est un ange gardien dans sa perfection, Jean Guy Soumy, le mystérieux bonhomme... Nourissier un être à part, mais tant mieux... Cela aurait rajouté du piment au rêve... Nourissier l'étoile inaccessible, comme Antoni Casas Ros, comme mon cher JD Salinger... Nourissier Éternel car le talent traverse les ans. Nourissier qu'on arrêtera pas de redécouvrir à la lecture et relecture de ses livres. Il nous a laissé des indices sur lui dans chacun de ses livres...


"Je suis condamné aux livres, sauf à accepter une sorte de néantisation de moi-même, une rétroactive condamnation au vide et au silence à quoi aucun homme, parvenu à cette étape de la vie, ne se résout aisément". François Nourissier "Le Musée de l'homme"

Je suis condamnée aux livres de Nourissier pour perpét...Et je ne veux pas faire appel...SURTOUT PAS !

dimanche 10 janvier 2010

Quand François N rendait hommage à François M


Le 13 avril 1995, François Nourissier avait écrit ce texte en hommage à François Mitterrand. A cette époque, je l'avais lu dans une salle d'attente et la foudre m'était tombée dessus... J'étais dingue de François Nourissier. Son style érudit sans en mettre plein la vue. Certes le sujet était passionnant. Mitterrand, je n'étais pas tout le temps d'accord avec lui politiquement mais ce monsieur était d'une érudition pas croyable. Il me passionnait, j'aimais quand il cherchait ses mots, ses sublimes phrases. Il avait l'oeil pétillant d'une malice digne de nos vieux des campagnes. Attention petit filou, je vais t'avoir. Les interviews avec Yves Mourousi, des cas d'école pour apprentis journalistes. Mitterrand avait cette habitude de juger les gens par leur instruction. Il ne supportait pas la bêtise. Ce n'est pas le cas en ce moment avec Nicolas Sarkozy. Mais ce dernier me fait penser à Mitterrand car c'est un vrai stratège au niveau politique, pour affaiblir ses ennemis. Mitterrand, s'il était vivant verrait que les leçons sont bien apprises. Le coup de l'ouverture. Mitterrand l'aurait fait... Et l'a initié avec la Cohabitation.


En 1996, le 8 janvier, Mitterrand rentrait dans la Grande Histoire.... Je vous livre ce texte pour rendre hommage aux deux François.

Voici le texte de François Nourissier...
Nul homme d'Etat n'est tenu à être aussi homme de plume. Ce n'est qu'en France que la démangeaison littéraire et la révérence pour le beau style sont telles qu'un homme politique se doit de confesser, au moins, la nostalgie pour l'écrivain qu'il aurait pu ou voulu être. L'étroit embrassement de la chose publique et de la chose écrite est un phénomène français: il touche presque tous les premiers rôles.
Quel écrivain a été François Mitterrand? Et d'abord, pour commencer, en est-il un? Entre l'accomplissement littéraire et lui, il y a toujours eu ce handicap: un combat à mener, des arguments à marteler, le pouvoir à conquérir. Il a presque toujours été astreint à produire des affirmations, des certitudes, des condamnations. A chauffer son public. Le doute et ce peu de dérision sans lesquels il n'y a pas de vraie fermentation littéraire lui étaient interdits. Il a parfois tenté d'échapper aux accents et à cette comédie de la polémique, mais bientôt l'inexorable loi du combat politique, qui ignore les nuances, lui imposait sa pugnacité et, comme il était doué pour elle, il s'y livrait avec bonheur. Ecarter ou écraser l'adversaire, ce n'est pas une démarche d'écrivain. L'écrivain se bat plutôt contre soi-même. Il ne faut pas trop s'aimer pour écrire, mais il faut se tenir en haute estime pour se proposer aux suffrages de ses concitoyens. Un candidat ne peut pas douter de soi; un écrivain le doit.

Un homme politique ne deviendra écrivain que s'il disposait, à l'origine, d'un jeu gagnant, et s'il a donné beaucoup de sa force et de son temps à l'oeuvre des mots. Un brin de plume, un talent d'amateur n'y suffisent pas. Il y faut le labeur, une modestie acharnée. François Mitterrand possédait de forts atouts: une familiarité de lettré avec les textes, la curiosité de leurs auteurs, une langue ferme et aux défaillances rares, le recours naturel et abondant à la forme écrite. Le Dictionnaire Bordas des littératures de langue française le crédite d'une «écriture solennelle, incisive, émue ou amusée, mais toujours sobre et exacte», et le range dans «la tradition humaniste et moraliste française». Ajoutons l'ivresse du pamphlétaire, et la description sera complète. Tenons donc pour acquis que Mitterrand peut être, sans flagornerie, incorporé à la tribu des littérateurs. (Il eût fait un académicien des plus honorables.)

Quel écrivain est-il? Une demi-douzaine d'adjectifs dessinerait assez bien son profil. Mitterrand est un écrivain élégiaque, républicain, éloquent, sarcastique, solennel et méchant.

Elégiaque: c'est la qualité le plus volontiers reconnue au président par ses adversaires. Il s'est composé un personnage «vert», bucolique, forestier, terrien, du meilleur effet. La «force tranquille» et l'horizon charentais. C'est là l'un des traits les plus personnels dans l'homme littéraire Mitterrand. Le ruissellement du vent dans le feuillage du tremble, qui peut être assimilé à un écho lamartinien, flatte moins l'oreille de M. Prudhomme que les lointains orages à la Bossuet, qui firent tant pour la réputation stylistique du Général, mais il assure à François Mitterrand un beau capital et des revenus écologiques non négligeables. On aime le voir flâner à Saint-Point et, à Milly, remarquer que le lierre du poète était une glycine. On aime plus encore l'entendre confier que, un voyage le lui permet-il, il «n'oublie jamais le détour par Tronçais, par Bellême, par la Margeride». Tronçais, Bellême, et Chaource, et La Chaise-Dieu, et Brocéliande: on croit entendre - «Orléans, Beaugency, Notre-Dame de Cléry, Vendôme! Vendôme!» - le vieux chant français que nous ne sommes plus nombreux à fredonner. La «forêt gauloise» et gaullienne n'est pas si loin.

Républicain: si Mitterrand fut un socialiste de hasard stratégique, il est, sans doute aucun, un républicain viscéral, et les dérives monarchiques du règne n'y changent rien. Légaliste, humaniste, il a aimé chanter les grandes espérances chimériques qui se sont quelque peu érodées à l'épreuve du pouvoir. Le discours était généreux, édifiant. Relues après quelques années, les pages les plus expéditives ou passionnées du «Coup d'Etat permanent» (1964), de «La Rose au poing» (1973), de «L'Abeille et l'architecte» (1978) donnent parfois le vertige. Le décalage entre les promesses et les réalisations, les indignations et ce qu'elles sécrétèrent navre ou amuse. Mais quelque chose reste stable, que Malraux appelait l' «illusion lyrique», que j'appellerai l'effusion humaniste, le «coeur», comme disait Giscard pour en refuser le monopole à son adversaire, et dont il n'y a pas de raison de mettre en doute la sincérité.

Eloquent: cette qualité de prétoire et de tribune, avec ses connotations IIIe République, aide à expliquer la mirobolante carrière de Mitterrand. Grand orateur à la façon d'hier, que les Français continuent de préférer à la sécheresse et au flegme technocratiques, le président a donné à sa prose le ton sonore, fervent et cambré de son discours. Façon d'écrire assez théâtrale, assez orale, qui fait appel aux nerfs. Le flot des mots enfle, monte, accélère, prend appui sur la répétition, sollicite la sensibilité de l'auditeur - pardon: du lecteur. Le développement se fait période, le nuage des mots roule et devient ténébreux, et soudain, c'est la chute brutale, l'éclair, le coup de patte, de griffe, de fouet. Vieille méthode, mais toujours efficace. La prose balancée est devenue sifflante. La vague des mots se résout en une formule foudroyante et meurtrière. De charmeur l'écrivain s'est fait tueur.

Sarcastique: l'écrivain Mitterrand, emporté par sa pente, n'est jamais plus à l'aise que dans la moquerie. Il grince, il râpe, il décape. Peut-être devrait-on traiter en même temps de l'ironie et de la méchanceté, dont une synergie décuple l'effet. François Mitterrand a les canines aiguisées. Il traite ses victimes comme font le chat ou le chien, qui secouent leur proie blessée sans l'achever tout à fait. L'éloquence pauvre de Michel Debré, la déconvenue de Jean-Marie Domenach après un échec électoral: morceaux d'ironie, comme on dit «morceaux de bravoure», jubilatoires et impitoyables. Un des caractères passionnants du président est le plaisir qu'il semble prendre à la férocité. Elle muscle et vivifie son style.
Solennel: Mitterrand a le ton noble. Et même passablement romain. Lui viennent avec naturel sous la plume les mots «cher», «légions», «empire», l'avocat relayant l'ancien bon élève, le tribun s'abreuvant aux sources de l'éloquence révolutionnaire. Il a compris qu'en France un rien de pompe sied aux hommes publics. Du temps qu'il harcelait de Gaulle, il a reçu de lui des leçons de maintien. Le Général lui a appris à se faire sphinx. Et là où son grand adversaire fascinant cassait le style de son personnage par la goguenardise, Mitterrand a substitué à la gouaille, qu'il eût mal dominée, ces soudains dérapages de la gravité en raillerie cruelle, qui sont sa marque.

Des diverses façons d'être solennel la préférée de Mitterrand reste le constat indigné. Un génocide, une livraison de Mirage ou une expulsion arbitraire appellent la même incrédulité altière et véhémente. Les usages du pamphlet ne sont jamais loin, ni la formule finale en quoi, méchamment, se distille l'emphase protestataire. La démonstration se termine, abrupte, en condamnation de l'adversaire, lequel ne saurait être que pervers, imposteur, canaille et compagnie. Indulgence, gratuité, scepticisme ont rarement place dans le style mitterrandien, qui se doit d'être offensif, harcelant, quitte à réserver à de rares évocations pastorales ou sylvestres le plaisir de rêver et de se souvenir, à quoi l'écrivain aimerait, on croit le deviner, s'abandonner plus souvent. On ne peut pas escalader chaque semaine la roche de Solutré.

Il y a bien entendu quelque chose d'artificiel dans cette façon d'examiner «le style de Mitterrand» (comme Revel démonta jadis celui du Général), sans aborder les épisodes politiques qui le forgèrent ni la dialectique à laquelle ils contraignirent le futur président. Ses livres importants datent de 1964-1980, période de grandes manoeuvres et de polémiques. La forme des textes est alors subordonnée à un besoin d'efficacité partout lisible. Deux grands desseins: se briser ou se bronzer à l'affrontement avec le Général; démontrer que l'alliance communiste, détestable, est indispensable à une victoire électorale de la gauche. Dans les deux cas, il s'agit d'entreprises paradoxales, portant en elles la contradiction. Admirer son adversaire tout en tentant de l'abattre n'est pas facile, non plus qu'élaborer un programme commun avec des «camarades» dont on confisque le vocabulaire sans partager vraiment les idées.

Comment le style que l'on met au service de ces opérations disparates n'en subirait-il pas un fiévreux crescendo? Il faut forcer la conviction, puiser de la vigueur dans la réfutation. Jamais Mitterrand n'est meilleur écrivain que lorsqu'il se défend en donnant l'impression d'attaquer. Il se bat en avant de ses positions, qui ne sont pas toujours sûres. Vieux bretteur, c'est quand il feint de reculer qu'il peut soudain se fendre plus profondément.

Mitterrand a publié treize livres, dont quatre au moins sont tour à tour nerveux, langoureux, persifleurs. Bagage littéraire non négligeable, à tout prendre comparable à celui de De Gaulle, seul modèle et concurrent de Mitterrand en ce domaine, qui partait pourtant favori, ayant placé la barre plus haut et choisi le ton grave. Mais le Général possède une avance irrattrapable: il a trouvé la force de mener à bien ses Mémoires. Là où Mitterrand a recueilli des textes épars et proposé des échantillons d'un savoir-écrire exceptionnel, le Général a immergé dans l'Histoire une histoire personnelle savamment mise en scène, déployé les drapés, fait sonner les cuivres. Eût-il écrit, lui aussi, ses Mémoires, Mitterrand en eût fait un grand livre. Nous en rêvons au conditionnel passé. Pour le composer, il fût devenu l'homme du questionnement et de l'incrédulité que ne peut pas être le Prince. L'année 1994, le président Mitterrand laissa filtrer de lui, et sur lui, des aveux, des confidences, parfois des provocations. Ce faisant, il cessait de se conduire en tacticien et en conquérant: il était, en somme, sur la voie de devenir écrivain, c'est-à-dire un homme partagé, indifférent à son image, indifférent à la victoire. Manque, hélas! le livre. Ce fameux personnage romanesque qu'on a tant dit qu'il était, il était le seul à pouvoir le mettre en mots, à pouvoir explorer et exploiter le «misérable petit tas de secrets». Le seul à pouvoir arracher un peu de temps et de vie à l'exercice de la puissance et au bonheur, pour les donner à l'aventure d'une oeuvre, fût-elle au service d'une légende. Mais, on le sent, nous ne parlons plus ici de savoureuses facilités pour l'écriture, mais d'une passion qui exige tout de son homme et ne tolère pas de n'être que décorative
Je remercie l'Express d'avoir remis en ligne ce fabuleux texte !

mardi 1 septembre 2009

La bonne surprise de cette rentrée, le collector "Chiens à fouetter" de François Nourissier


Une petite merveille, un fabuleux objet qui ravira tous les apprentis écrivains, les passionnés ou non de François Nourissier. Cela fait du bien de redécouvrir ses anciens écrits qu'il avait écrits en usant du pseudo "Albert Norit". En feuilletant ce livre, je viens de découvrir qu'il est en quelque sorte un testament spirituel, une feuille de route pour les futures générations d'écrivains. Les époques changent mais pas tant que ça dans le monde de l'édition (Hélas je dirais !).



Mais pourquoi ne pas rester ludique avec le jeu de l'oie qui l'accompagne et qui donne un aspect rétro ?



Ma bibliothèque a donc un trésor en plus !!! Je continue donc à rechercher les anciens écrits de François Nourissier. C'est ma façon à moi de faire perdurer l'esprit et les mots de l'auteur... J'y reviendrai après la lecture de ce livre rare !



Une de mes 3 bibliothèques à ma maison....

dimanche 2 août 2009

LES ECRIVAINS ? des sublimes cachotiers...

Ah la la ! Je viens de découvrir que François Nourissier avait commencé sa longue carrière par un pseudo : France Norrit ! Il avait fait publier à l'époque "Seize ans" ! Un livre qui reste une énigme et qu'il est difficile de trouver désormais. C'est un article de Figaro mag qui nous le révèle !


Les Éditions de Paris publient en 1955 Seize ans, le roman d'une certaine France Norrit. Il fait partie d'une collection baptisée «Série blonde»... L'histoire se déroule dans le milieu équestre. Le texte est un peu olé-olé. On y trouve des passages audacieux : «Elle renversa la tête en arrière, loin, loin de l'affreux combat, comme pour trouver l'envers de la nuit au fond de laquelle elle s'enfonçait. Il fallait faire vite, oser vite, découvrir vite. Découvrir ce secret brûlant fait de chair folle et de linges. Découvrir le pouvoir de ses propres doigts qui arrachaient un cri puis un autre à l'homme.»




En fait, France Norrit n'était autre que le jeune François Nourissier. À cette époque-là, Nourissier avait 28 ans, il était secrétaire général de Denoël et s'apprêtait à devenir rédacteur en chef de la revue La Parisienne. Il avait déjà écrit un premier roman, sérieux et remarqué, L'Eau grise, paru quatre ans plus tôt aux Éditions Plon.


En 2003, le romancier avouera au Figaro Magazine : «Pendant dix ans, j'ai cherché à m'amuser, à l'inverse de mes amis qui travaillaient le genre noble. J'ai publié Seize ans et un petit pamphlet rédigé en un week-end, les Chiens à fouetter.»


Dire que je me suis démenée pour trouver "l'eau grise" que je pensais premier écrit de Nourissier ! Sacré François ! Vous nous en avez caché des petits trésors !

Oh ! que les vendéens ne soient pas jaloux, qui aurait pu penser qu'Yves Pastel était le pseudo de "Monsieur" Yves Viollier qui se doutait en son fort interrieur qu'il allait devenir génial écrivain. Pleins d'écrivains et écrivaines ont du jouer de ce subterfuge et doivent bien se marrer quand arrivent devant eux des lecteurs trop sûrs d'eux ! "J'ai tous vos livres à la maison !". J'en arrive à comprendre ce petit sourire ironique que ces auteurs font quand ils entendent cette phrase ! J'en suis à réfléchir sur les bibliographies de Duras, Sagan, De Romilly et bien d'autres désormais !
Mais bon heureusement que ce livre n'ait pas eu le succès fulgurant de "Bonjour tristesse" de Sagan, imaginez le jeune Nourissier se déguisant en drag-queen pour assurer la promo ! Heureusement qu'à l'époque il y avait peu de chaînes télé et que cela émettait en noir et blanc !

mardi 28 juillet 2009

INCROYABLE ! Nourissier fera partie de la rentrée littéraire !


Tout ceci grâce aux éditions le dilettante !


En effet, cette maison d'édition refait paraître un livre paru aux débuts de François Nourissier, "Les chiens à fouetter". Voici le résumé (copié du site officiel de la maison d'édition http://www.ledilettante.com/fiche-livre.asp?Clef=1070).


Résumé
Qu’est-ce que la littérature ? se demandaient nos grands-mères. Est-ce une vocation tenace ou un commerce juteux, un rituel prescrit ou une source de plaisir ? Couche-t-on ? Découche-t-on ? Ma foi, prenez l’ensemble, liez en botte ou passez au mixeur, vous ne serez pas loin de la vérité. Cela vous a un goût de poussière et de sang, de fiel et de frangipane. Nauséeux et pourtant……En 1956, François Nourissier sort d’avoir été pendant trois ans secrétaire général des éditions Denoël. La littérature française, sa vie, ses oeuvres, il connaît ça comme sa poche, mais c’est une poche tout ce qu’il y a de revolver. D’où ce pamphlet délicat en forme d’exercice imposé, dédié au roi René (Julliard), où l’art de viser aux chevilles et de tacler sec s’exerce en maître, ce avec un toucher perlé tout ce qu’il y a de régalant. La scène est à Tours (un Tours de toujours, sempiternellement post-Balzacien), où un jeune fiévreux, hanté d’envie brûlante, affichant un cynisme de confection, souffre d’être, inconnu, au fond de la salle et rêve d’aborder aux fastes du buffet des lettres. Mais comment fendre la foule ? Fendre une foule littéraire est un art. Il s’en ouvre à « Grantécrivin ». Grantécrivin qui, élevé dans le sérail, en connaît les détours, lui fait les honneurs de la méthode, lui détaille le trousseau dont les clés ouvriront les accès utiles. On assiste alors à une visite de chai ou revue de matériel tout ce qu’il y a d’étonnante ; tout le paysage littéraire français de 1956 est mis à l’honneur : passage en revue des pontifes, pesage des caciques, pignons sur rue commentés en détail, ours de revues scrutés à la loupe, du museau à la griffe, analyse de cas, leçon d’esthétique. Bref, de quoi déniaiser le godelureau et aviver ses envies ou de quoi le dégoûter à jamais de l’encre, de la plume et de ceux qui les mêlent. La suite à la prochaine rentrée


Extrait
« Vous découvrirez vite que la seule loi inexorable de ce milieu est le style. Si vous n’en choisissez pas on le choisira pour vous. Il en existe plusieurs, qu’expriment les façons de vivre, de lire, de dépenser, de se vêtir, d’écrire. Ce sont les styles qui regroupent les complices, nourrissent les admirations et les indignations. Le vôtre vous fera reconnaître ou exclure, plus surement que vos origines et vos opinions.»


Presse
Le "Milieu" littéraire : mode d'emploi
Chaque rentrée littéraire voit débouler son lot annuel de nouveaux auteurs. La réédition opportune d'un texte (vachard et savoureux) de François Nourissier sur les mœurs littéraires servira utilement à leur initiation.

Saluons donc l'excellente initiative du Dilettante de nous restituer ce texte savoureux, agrémenté d'un "jeu de l'oie du petit homme de plume", conçu en 1956 par le même Nourissier, avec des illustrations de Maurice Henry.Daniel Garcia, Livres Hebdo, 3 juillet 2009.

Le tout (le livre et en plus le jeu de l'oie qui constitue un coffret collector) coûtera 25 euros et est édité à très peu d'exemplaires... Pour les fanas et inconditionnels de François Nourissier ! Je rigolerai bien si le p'tit père Nourissier damne le pion aux habitués de la rentrée littéraire !

Merci à cette maison d'édition pour cette initiative !

"Le prince des berlingots" de François Nourissier



"Je bats mes souvenirs, je les coupe, je les joue, atouts maîtres ou poussière du hasard, et les regarde réorganiser en dehors de mes craintes et de mes espérances une image cohérente de mon passé. Un livre n'est plus autre chose que le détail pli par pli, levée par levée, de cette partie menée par une ombre contre les simulacres". P 57





Enfin j'ai pu trouver ce livre ! Depuis le temps ! J'aurai été navrée de le lire après la mort de l'auteur ! D'ailleurs cela en aurait été insupportable et douloureux.

François raconte sa vie avec miss P, sa diva comme il la surnomme. Miss P est le surnom de sa maladie : la maladie de Parkinson. Il arrive en rire de ses déboires dus à celle-ci. Comme quoi Fournier n'a rien inventé. Il a seulement un peu copié Nourissier avec son "Ou on va papa ?". Miss P est devenue la compagne de tous les jours. Pas de lamentations, d'images impudiques qui ne sont jamais du lot de l'écrivain.


P 149

"De tout ce qui est humain je n'ai jamais eu besoin que d'une petite quantité. Petite quantité, aussi, de chaque être. J'aime les couche-tôt, les silencieux, les adeptes du moindre mot. Je n'aime pas les âmes palpitantes."
Il parle de sa mort sans perdre son flegme et imagine bien ses funérailles !

P 174

" Les mots, les mots sont là, ils sont de retour, leur garde-à-vous ne mentait pas, leur garde-à-vie (résolution : toujours respecter la chance aléatoire d'un lapsus, et puis, soyons pratique, I et U se touchent après qu'AZERTYUIO a lancé son cri barbare). Les mots sont à la fête de ma vie : sous quelle forme leur rendra-t-on hommage quand on me portera en terre ? (l'expression n'est pas fameuse. Je préférerais : quand on dispersera mes cendres au vent. Mais quel vent ? Et l'urne ? Qu'en fait -on ? Mes cendres sont en urne, ma semence reste en burne. On entend les nocturnes battre lourdement des ailes, dans la grande peur blanchâtre où savent qu'ils volent vers la mort.)"

Un texte qui m'aurait fait rire mais malheureusement, je sais que Nourisser est en train de s'éteindre dans la pire des maladies pour un écrivain : l'Alzheimer qui lui a fait perdre toute notion de beauté, de pouvoir des mots. Sa vie et son oeuvre ! Je m'attends tous les matins à que l'on m'annonce avec soulagement son décès (cela sera un vrai soulagement car il aura fini de souffrir). Je n'aurai pas la chance de le croiser en vrai mais j'ai celle, encore, d'apprécier ses oeuvres, ses écrits qui seront mes compagnons pour le temps que je vivrai !

François Nourissier était lucide en ce qui concerne sa "déchéance" et l'apparition de l'Alzheimer


P 180

"Réagir vite, avec gaieté et réalisme : aller pisser derrière les buissons, se lancer dans une interminable citation, refuser l'usage de l'ascenseur, voyager seul. Tou ça se terminera mal, bien entendu - qui en douterait ? Suis-je tout à fait sûr qu'une neuronale exclut l'autre ? Que quiconque a affronté le Dr Alzheimer n'a rien à redouter de Miss P., et vice versa ? De là à considérer le cruel Dr Alois comme un ogre et la douce cantatrice comme une petite soeur des pauvres : franchissons allègrement le pas. Nous sommes tous ainsi. La recette, le savant mélange, c'est : un tiers compétence médicale, deux tiers ignorance tenace et vigilante. J'ai dû tomber, par instinct, sur des justes proportions car jamais le bon sens ni la peur n'ont, jusqu'à présent, remis en cause ma myopie, mon aveuglement."

Un mystère subsiste cependant et j'en suis presque sure de l'identité du fameux Frédéric qui à lui occupe tout un chapitre "Je fais tapisserie au bal de ma vie" Un certain Frédéric Beigbeder qui ressemble à s'y méprendre à ce portrait !

P 76

"De temps à autre, Frédéric, mon cadet de quatre décennies, me rappelle avec une suave et fraternelle cruauté que j'appartiens à une génération agonisante"

"Frédéric ne veut pas considérer que les générations d'auteurs se succèdent comme les générations de lecteurs, chacune laissant plus ou moins d'alluvions à la généalogie générale des oeuvres".

"Frédéric, quelle est sa position ? Pro du chambardement ? Collectionneur de théories ? Il néglige souvent les textes. Ils les soupçonne de détenir des pouvoirs suspects. Le plaisir de lire est une contamination. Il voit de la luxuriance partout, avant nous, après nous peut-être, quand aura été mené à bien le Grand Ménage, mais à notre place, demain peut-être est-ce acquis déjà : la caillasserie, le désert, rien".
Pour terminer, je laisse donc le mot de la fin à Monsieur Nourissier :

P 68

"La dérision où s'enfonce peu à peu ce reste de vie comme un navire se couche dans la vase de l'avant-port. Les mots servent à déshonorer la maladie. Ils appellent ça humour, élégance, les ploucs ! Élégant, moi ? J'entends mes dents trembler. Je ne touille que par dégoût cette crème ou nagent les mots comme des grumeaux. Gros mots ? Grues-mots, mots crus : manquent de cuisson et de méfiance. Tous les mots ne doivent pas être gros, ni crus. J'essaie de survivre à ce torrent qui m'emporte ; je bois la tasse ; une branche m'assomme au passage ; je suffoque. Voilà la sensation recherchée, redoutée : la suffocation. Bas de soie ou sac de plastique de l'étrangleur -simple question de dosage, de vigilance, d'excitation. Belle mort, non ?"

P 27
"J'en ai un peu assez d'habiter ma guenille avec cette obstination. Miss P ne me passe aucune négligence. Je me sens ensaché ? Eh bien, occupez tout le sac ! Envie de prendre un peu d'exercice, du sport, de tâter de la rééducation ? Une solution toute trouvée : la course en sac. Certes elle n'amuse plus que les enfants, mais quand les vieux s'y risquent, les blancs, les chauves, les boiteux - quels éclats de rire ! N'oubliez jamais d'être un peu ridicules. Pour amuser, ne faites pas dans la dentelle : le gros rire est prisé. Mais si vous tenez à votre train de vie, rangez quelque part, pas trop loin, les mots provocations, pince-sans-rire, humour (noir) : à coup sûr ils serviront."

lundi 18 mai 2009

JOYEUX ANNIVERSAIRE MONSIEUR NOURISSIER !


Un monument de la littérature française... Un de ses derniers écrits émouvant et tellement bouleversant.
Le 4/01/08
Chère Présidente Edmonde,

Quand au printemps 1977 les lassos Goncourt m'attrapèrent au col, j'ai compris qu'on ne me prenait, chez Drouant, ni pour un lauréat exemplaire et inespéré, ni pour un bison ivre d'espace.

J'avais, à l'époque, rêvé de me retrouver en une compagnie peut-être plus goûteuse que telle ou telle compagnie autre proposée à notre convoitise.

Va donc pour l'engagement sous les couleurs de ces messieurs Huot de Goncourt : quand on aime avec passion les livres, le rôle d'accélérer leur lecture n'est pas si modeste. Je rejoignis les aînés et depuis m'en suis trouvé bien.

On joue aux noms ? Je citerai Mme Colette et permets-le moi «Mme Edmonde», Aragon et ­Giono. Jules Renard, et des bagarreurs, et des pacifiques ; justement heureux les pacifiques…
C'est en leur nom que je remarque qu'on a traversé dans ces salons quelques décennies d'amitié. Je les comptabilise ici chaleureusement.

Et c'est aussi chaleureusement que j'ai décidé, ce 1er janvier 2008, de m'éloigner de l'académie. Je préfère «m'éloigner» à «démissionner» qui sent un peu la déception.

Et puis, tu le sais, Edmonde, j'aurai bien besoin d'une consultation chez le carcassier : ma carcasse est en piteux état. Mieux vaut l'oublier.

Ce qui ne vous empêchera pas, j'espère, de venir partager un de mes déjeuners. Maîtres, cadets, vieux camarades, confidents, complices innocents et complices farceux que de souvenirs ! Nous nous sommes beaucoup amusés. Pardon, amateurs de belles «graphies», de vous envoyer ces « pattes » impardonnables de la «mouche» Hermès : sous l'illisible il y a l'amitié qui est lisible et fidèle.

François

dimanche 3 mai 2009

« BB 60 » François Nourissier


François Nourissier à l'époque de l'écriture de ce petit livre était un jeune écrivain. C'est au hasard d'une promenade dans la foire du livre de Francfort qu'il découvrit à travers un texte en italien toute la beauté de Brigitte Bardot qui était au firmament de sa gloire. Il en décida de lui rendre hommage à travers ce petit livre de 60 pages.
Quel régal de se plonger dans ce petit livre. Surtout pour celles et ceux de ma génération qui n'ont pas connu cette période. J'ai réalisé tout ce que l'on doit (nous les femmes) à Brigitte Bardot. Cette libération salvatrice des mœurs, des attitudes trop longtemps réglementée par des éducations trop sévères. Cette modernité dans les tenues vestimentaires, cette mode qui a tant changé les femmes de cette époque et par ricochet la notre, les filles de ces femmes.

Cela sent la nostalgie dans toute sa splendeur, c'est doux et on remarque un François Nourissier aimant les femmes ! Car à travers BB, il rend hommage à toutes les femmes de France et leur offre une des plus belles déclarations d'amour écrites :



« Les filles d'aujourd'hui, lorsqu'elles poursuivent à travers les naïvetés de ce qui se fait et les complications du maquillage une plus soumise ressemblance à la femme-mode, ne se doutent guère qu'elles tâtonnent, tout simplement, à la recherche d'une femme classique… Elles se sentiront « bien dans leur peau » à l'intérieur d'une beauté que les siècles n'ont pas réussi à user »


Dire que ces mêmes femmes se pâmeront, bien des années plus tard, devant un Julien Clerc qui leur chantera « Femmes je vous aime » … Ah la ! la !



« De toutes les armes que nous offre la vie quotidienne pour régler ses comptes à la sottise, la jeunesse et l'impudeur d'une femme sont les plus douces »

J'informe que ce petit livre est antérieur au chef d'oeuvre de Nourissier "Petit Bourgeois".

vendredi 3 avril 2009

Une pensée pour François Nourissier


Tout ceux qui me connaissent savent que j'ai une passion pour François Nourissier. Que dès que je trouve un livre de lui je fonce ! J'adore sa façon d'écrire, la beauté de ses textes. "Eau de Feu" m'a guerrie d'une certaine culpabilité que je trimbalais... La lecture de la dernière page a été pour moi une sorte de renaissance.


Hélas, les nouvelles ne sont pas bonnes ! On le dit atteint de la maladie de Parkinson et pire encore celle d'Alzheimer. Quel triste sort pour un amoureux des mots qui en est incapable maintenant de les reconnaitre, de les apprécier... Pire qu'un cancer ... Tout ce qui a constitué le génie Nourissier est disparu, ne reste que ses livres à lire, à savourer, à redécouvrir.


Je pensais encore à lui ce matin au petit déjeuner. Je crains toujours d'entendre les nouvelles de sa mort certes privisibles. Je vais acheter le mag "Lire" comme tous les mois et je tombe sur ce merveilleux texte de Frédéric Beigbeder sur... Nourissier. Je vous le fait partager sur mon blog.


VIVE NOURISSIER !


«Me voilà entré dans l'hiver de mon corps.» (Prince des berlingots, 2003) J'ai des nouvelles de François Nourissier par ouï-dire, ses amis souffrent de lui rendre visite, il est à l'hôpital dans une chambre qu'il partage avec quelqu'un d'autre, il peine à reconnaître les siens, peut-être aura-t-il passé l'arme à gauche lorsque paraîtra la présente chronique... Je prends le risque d'écrire une page obscène sur la maladie et la mort d'un écrivain que j'admire au-delà du raisonnable et que je n'ai pas connu, même si je l'ai parfois rencontré. Tant pis: Nourissier est au soir de sa vie et je veux écrire ce qu'il représente pour moi, et l'écrire pendant qu'il est vivant. Le «Gardien des ruines» a suffisamment évoqué lui-même sa maladie de Parkinson, sa décrépitude, sa haine de la vieillesse pour que je me sente autorisé à lui emboîter le pas sans voyeurisme.


Quand un vieillard se meurt, Amadou Hampâté Bâ dit que c'est comme une bibliothèque qui brûle. Alors quand un grand écrivain disparaît, c'est quoi? L'incendie d'Alexandrie, la chute des tours de Babel. N'étant pas pompier, tout ce que je peux faire c'est crier «Au feu!». De cet attentat terrible contre la littérature française, il nous faut sauver ce qui peut encore l'être: les livres de Nourissier. Nous leur devons tant. Il nous a enseigné cette sécheresse qui décuple l'émotion. «Mon père est mort le dimanche 17 novembre 1935, vers cinq heures du soir, assis à côté de moi au cinéma où il m'emmenait pour la première fois.»


L'autre jour, j'ai trouvé chez un libraire du XVe arrondissement Le musée de l'Homme, publié en 1978, introspection qui commence par cette phrase: «J'étais devenu mon propre fantôme.» Je l'ai lu en marchant, autour des Invalides, puis sur un banc, sous une pluie fine, sans discontinuer: «J'avais été l'homme des soirées vides et des maisons perdues.» Puis, plus loin, ce trait d'humour: «Ma grande âme chaussait ses charentaises.» Bien qu'académicien, Nourissier est tout sauf académique. Son autodestruction est ultramoderne, sa solitude très contemporaine, sa concision métaphysique.


La postérité de Nourissier sera immense mais il aura souffert, de son vivant, d'avoir sacrifié beaucoup de son temps à l'Académie Goncourt et à la critique littéraire. Etait-ce l'attrait du pouvoir ou la joie de faire lire? Sans doute un peu de chaque. Cette croix de notable des lettres fait aujourd'hui de l'ombre à son oeuvre. Alors disons les choses clairement: à mes yeux, l'écriture postnaturaliste de Nourissier compte plus que celle de Gracq ou de Duras. Le vieux barbu prolonge par son autobiographie cruelle le Sartre des Mots, par son sens de la formule le Montherlant des Jeunes filles, y ajoutant la méchanceté de Barrès, la liberté de Gide, la jubilation de Stendhal et la précision de Constant. C'est le dernier des monstres français. Il a le subjonctif révolté, le verbe rigoureux, le tir juste. «Je voudrais seulement creuser le trait, donner enfin de moi une image que ne paraisse pas avoir estompée sur le miroir une buée de narcissisme.»


Qui écrira encore ainsi dans ce siècle qui commence? Un petit bourgeois (1963) et Une histoire française (1965) sont des classiques. A défaut de génie (2000) un chef-d'oeuvre de mémorialiste. Et Bratislava... Bratislava est sa Fêlure. Qui se termine par cette phrase: «La guerre est perdue, mais il faut continuer de guetter l'ennemie.»


La chronique sur ce lien.



Je ne peux que vous conseiller la lecture des livres de ce vrai amoureux des mots et des belles lettres !

lundi 16 juin 2008

"Le bar de l'escadrille" François NOURISSIER



Un livre majeur de l'oeuvre de François Nourissier ( je présume car je n'ai pas tout lu son immense bibliographie). Ces quatre cent neuf pages d'une densité, pas de temps mort.
Ce livre se lit comme on regardait Dallas. Dallas et son univers impitoyable du pétrole. La François parle de l'univers impitoyable du monde de l'édition. Un monde truffé de coups bas, de trahison, de sexe, de pouvoir et d'argent. Un monde ou règne en maître Jos Fornerod dont sa vie peut s'attribuer le qualificatif de Grandeur et décadence.
Dans ce livre, on y lit la vision de plusieurs personnages qui étayent différents angles de visions de la vie de cet éditeur, différentes période... Quand je dis que cela ce lit comme un éventuel scénario de Dallas (déjà la situation se situe dans les années 80 et tous ces personnages qui participent à l'intrigue sont nombreux.)
Il y a deux passages qui m'ont bouleversé !
Sur la place des femmes dans ce monde

p 120 Personnage narateur Sylvaine Benoit

En 1957, le succès immense de son frère installa la petite Léonnelli, en quelques mois, à un sommet de liberté d'où elle pouvait tout voir, tout juger, tout dire. L'enfant qu'elle était ne le comprit pas, ou de travers. Elle glissa ensuite de fête en fête, d'homme en homme,avec cette légèreté en quelque sorte héréditaire qui colorait sa légende, aérait la prose de Gilles, comblait l'avidité des journalistes, mais où se dilua a puissance de révolte de leur triomphe. Il en est ainsi, depuis des décennies, du sort des femmes. Les plus douées, ou les plus enviées, ou les plus belles esquivent un combat que bientôt mènent à leur place les plus acharnées. Trop souvent la caresse de la gloire et le goût des hommes ont perdu les meilleures d'entre nous. "Notre grande Colette" comme l'appelaient les lettrés radicaux-socialistes, a vieilli en odeur de damnation comme d'autres en odeur de sainteté, avec des gourmandises et des cynismes de vieille noceuse. Beauvoir elle-même, qui avait porté aux mythes épuisés tant de coups, s'est soudain décomposé devant la première mauvaise surprise d'une vie privilégiée : le vieillissement. "Flouée" ? le mot terrible, si lâche et faible, a dilapidé ce que des années de lucidité avaient capitalisé. On ne finit pas en vieille bonne femme au miroir quand on a été la dévastatrice justicière du Deuxième Sexe. On ne larmoie pas sur la peau ridée e le souffle court quand on a été celle par qui le scandale arrive


Sur la notoriété mal gérée

p 92 Jos FORNEROD

Et c'est un autre, oublié, enterré dans son métier, sa province, modeste, quasi invisible, que soudain le projecteur tire de l'ombre, isole, anime, galvanise. La notoriété le secoue, le bouscule et à partir d'elle on ne sait jamais ce qu'il peut arriver. Métamorphose ou sérénité ? Abondance, stérilité, sagesse ? Alcoolisme ? Mégalomanie ? Certains se délitent, se dispersent. D'autres engrangent et s'adaptent au bonheur avec un naturel stupéfiant. Il y a de tout : des cigales, des fourmis, des ménagères,des princes, des placiers en librairie, des nomades, des rapaces, des pères de famille. Les observer, les peser, les voir se briser ou se fortifier,bouchonner à la vague ou apprendre à naviguer. Plaisir féroce, plaisir fort et secret dont jamais je n'ai tout à fait avoué le goût. Il a envahit ma vie peu à peu immergée dans le métier. Le métier n'a rien épargné, il a tout plié à ses besoins. Les écrivains sont devenus nos amis, et à cause d'eux, autour d'eux, les journalistes, les gens de radio et de télévision, tous les mangeurs et noircisseurs de papier. Ils ont envahi les week ends.....

Mention spéciale au personnage de Sabine Gohier Fornerod qui m'aura, comme vous l'avez tous compris, touchée et émue.

dimanche 15 juin 2008

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT NAULLEAU

"L'ennui dans ce monde, c'est que les idiots sont sûrs d'eux et les gens sensés pleins de doutes."
Bertrand Russel



Quand je termine un roman de François Nourissier, je suis dans le même état qu'Eric NAULLEAU. J'ai une sourde colère proche d'un certain désespoir. Oui je suis colère à cause de la dégradation culturelle de mon pays et de ses habitants.


François Nourissier, Mireille Calmel, Françoise Chandenagor ne se vendent pas tant que ça et par contre c'est le triomphe de la culture de bazar, les Marc Levy, Olivier Adam, Guillaume Musso, Lolita Pill (que pour cette dernière la modestie n'est pas une de ses principales vertus mais elle est encore jeune et les évènements de la vie se chargeront de lui apprendre les principes). Ces auteurs qui font un carton dans les supermarchés. Ah les supermarchés quels drôles d'endroits pour acheter des livres. J'imagine la ménagère de moins de 50 ans se pâmer devant le nouveau livre du Oh séduisant Levy entre deux rayons de produits alimentaires et produits d'hygiène. Le livre y est désacralisé, a perdu toute sa valeur. Comment peut on acheter du rêve, du beau dans ces endroits infernaux, bruyants, trop lumineux. Moi qui ait un contact charnel, qui adore renifler le livre, le caresser, l'apprivoiser comme un homme que l'on va aimer...

Enfin ! pour revenir à Eric, on le dit méchant alors qu'il dit tout haut ce que pas mal pensent. Il est vrai dans notre ère dirigée par l'hypocrisie, celui qui dit haut et fort la vérité est forcément une ordure, un méchant Que Cauet est un con, on le savait je pourrais citer Amélie Nothomb qui dit dans un de ses livres "J'insulte pas je diagnostique". Pauvre Cauet ! s'il le veut, il peut assurer une bonne carrière à son avocat, il n'a qu'à porter plainte contre tous ceux qui pensent que ses émissions sont nases, qu'il est un pauvre type... Cela en ferait pas mal de monde...

Que la mémère Boccolini pleure lors de sa remise à zéro de son livre, pauvre chérie comme le disait mon grand papa "Elle pissera moins". Y'EN A MARRE de ces people qui se font écrire des livres (il ne faut pas se leurrer ils emploient des nègres... qui comble d'ironie serait qu'ils soient payés au noir... MDR). Boccolini ne peut pas avoir des gosses à son âge, il fallait penser avant. Genest a des problèmes de poids, on s'en fout - si toutes les femmes écrivaient un livre sur ce problème les pauvres libraires ! Ils seraient envahis ! Quand ce n'est que pour cracher sur des parents, ou exploiter leurs malheurs... Je suis People, j'écris dont je suis...

Heureusement parmi ces célébrités il y en a qui font exception comme Pascal Sevran dont son journal annuel est loin d'être nul. Ses romans sont empreints d'une vraie sensibilité. Je veux causer aussi de Frédéric Mitterrand qui a su émouvoir avec ces destins tragiques en passant par le sien. Mais la cet homme est cultivé et a eu sa célébrité par la qualité de ses écrits ou émissions. Mention spéciale aussi pour Jean Claude Brialy... Mais ce genre de personnages se font rares et c'est bien dommage. Quand je pense que les Faudel, Christophe Mae, etc... ont envahis les étals de la soi disant culture.


Que dire des émissions TV on assiste à la Druckerisation... Seigneur ! Que Michel Drucker me pardonne mais par son attitude il est en grande partie responsable de ce désastre culturel... Et je trouve dommage que l'attitude de Michel Drucker ait influencé tous ces people. Tout le monde est sympa, tout le monde est talentueux non mais ça ne va pas la tête ! Le show biz n'est pas le paradis. Toutes ses paillettes dégoulinantes de trop politiquement correct a contaminé le cerveau de ces people dont on a plus le droit de leur dire euh ce bouquin, ce disque est moins bon, que sur scène c'était pas la forme... Sans avoir un procès pour diffamation aux fesses...Mais Nourissier décrit très bien cet état d'esprit dans son "Bar de l'Escadrille" et je me permets de vous recopier cette page tellement vraie, au moins mon texte aura servi à vous faire lire de la vraie littérature...


Mais tout cela n'est que l'épicerie du métier, son Café du Commerce. Pourquoi s'offusquer des ragots dont le bruit de la belote vespérale ? Autre chose est plus grave. Ces poux parasitent la création, les oeuvres, le coeur et le ventre des écrivains. Nous seuls qui savons tout de leurs faiblesses, illusions, héroïsmes, pouvons mesurer le décalage entre leur travail et la façon qu'on a d'en parler. Ce langage d'hippodrome ou de bourse... cette obsession des complaisances... Les écrivains, si l'on voulait vraiment les déshonorer, les humilier, il y aurait d'autres moyens, plus radicaux ou féroces, car ce sont de drôles de corps, pour ça oui ! Vulnérables, passablement ridicules. Les réduire définitivement au silence ne poserait aucun problème insoluble. Mais qu'on leur épargne une certaine bassesse, le vocabulaire des maquignons et des putes.


C'est la petite presse qui a fait le mal, les ricaneurs, les branleurs de secrets à deux sous. Une forme d'impuissance, peut être, ou ce terrible goût français de tout rapetisser. L'écrivain devient littérateur ; le livre, le bouquin ; l'information, écho ; la création, astuce ; l'amitié, le copinage. "Il en a mis un temps à pondre son bouquin !" On écrit ainsi, en crachotant, d'aucun autre métier. Si des gens du spectacle peut-être, enfin, de certaines gens. Parce qu'il viendrait à personne l'audace de traiter à la légère un metteur en scène, un virtuose, un chef d'orchestre. Des seigneurs ! Écoutez comme on parle d'eux : des maîtres, les grands chefs. On dirait des gosses bavant devant Oeil de Faucon ou Aigle noir. Étrange respect pour les exécutants. Maladie d'époque, difficile à expliquer. Autrefois un régisseur allumait les quinquets, plaçait les fauteuils ; le premier violon donnait la cadence ; la cantatrice ne soupait pas avec les invités. Désormais, triomphe des intermédiaires, des bricoleurs, art de seconde main. Je respecte davantage le moins vendu de mes romanciers, que le plus prestigieux interprète. Écrire, peindre, c'est sérieux. Risquer l'idée qu'on se fait de soir dans ces métiers de songe et de vent, c'est sérieux. Plus qu'une affaire de vélocité, de doigté, d'oreille, d'ascendant, de présence. La vraie présence, c'est l'oeuvre, et je ne vois pas en quoi un chef d'orchestre, par exemple, serait d'un métal plus précieux que l'entraîneur d'une équipe de football. Les footballeurs et les joueurs de tennis improvisent davantage, sont plus créateurs que les musiciens. Je développerais tout cela si j'écrivais ce livre. Et j'exagérerais, bien sûr, je grossirais le trait, non pas pour donner de la rondeur aux confidences ou aux paradoxes, mais pour parvenir à une sorte de classement, à une remise en ordre. Les métiers de la création - et parfois dans leur sillage les métiers, comme le mien, qui consistent à susciter puis à administrer la création - expriment une qualité de risque à quoi rien d'autre n'est comparable. A tout le moins les créateurs peuvent ils demander qu'on ne les traite en suspects.


Il me semble que je saurais expliquer tout cela, qui est fuyant, instable. Par exemple on pourrait croire que les critiques, qui sont à la fois des parasites et des zélateurs de la création, ses profs et ses prêtres, échappent aux simplifications. Il n'en ai rien. La part étant faite des sympathies et des antipathies idéologiques, reste que la critique s'abuse, déraille, se compromet, gonfle des baudruches, néglige la forêt et célèbre l'arbre. Non seulement elle ignore - ce qui ne serait pas trop grave : affaire de temps- mais elle se trompe. Inflation en tout genre. Manque de perspectives. La trompette au lieu du pipeau. Le langage de la haute couture pour vanter la salopette d'Uniprix. Vous en profitez me dira t"on. Oui dans l'hypothèse où je vendrai des salopettes.


Et je crierai Au secours Eric il sont devenus mous....




vendredi 13 juin 2008

Superbe article sur François NOURISSIER dans un ancien mag Lire mais retrouvé sur internet...


Je le poste ici rien que pour vous évoquer l'univers de ce Grand Monsieur de la Littérature Française que j'apprécie de plus en plus... Je vous conseille vivement de vous plonger dans sa si grande bibliographie. Celle ci est tellement belle, des belles lettres, du beau français, des histoires touchantes... Dès que vous lisez un livre de Monsieur Nourissier, vous pourrez plus vous en passer !


Nourissier compose avec Miss P.par Pascale Frey
Lire, mars 2003


La vieillesse est là et, avec elle, la maladie. L'écrivain ne détourne pas le regard et consigne ce compagnonnage forcé dans son journal.


Il habite un petit coin de campagne en plein Paris, dans le seizième arrondissement. Mais une rue d'influence! Sa plus proche voisine s'appelle Françoise Chandernagor, membre comme lui de l'académie Goncourt. De l'autre côté, vit Sacha Distel. De son salon, François Nourissier plonge sur la fondation Le Corbusier, un bâtiment dessiné par l'architecte lui-même et parfaitement restauré. Cet environnement de rêve pour un écrivain, il en profite d'ailleurs depuis trente ans. Le temps d'accumuler objets, souvenirs, tableaux et, bien sûr, livres en tous genres.

Entre Saints-Pères et Sébastien-Bottin.


En 1996, François Nourissier, alors président de l'académie Goncourt, quittait Grasset où il publiait depuis 1957. Cela fit pas mal de bruit dans le milieu. Puis il donna un livre chez Gallimard et le bruit devint carrément assourdissant. Réconciliant passé et présent, les Saints-Pères et Sébastien-Bottin, il sort un récit autobiographique chez Gallimard et un énorme ouvrage regroupant neuf de ses romans chez Grasset. «C'était le rêve de ma vie de réunir mes deux maisons.»


Aujourd'hui, Nourissier ne préside plus l'académie, et il a «démissionné de tout ce à quoi il appartenait». Son rôle pourtant n'est pas négligeable et il reconnaît être de ceux qui ont lancé l'idée d'attribuer le Goncourt à Pascal Quignard. «D'abord parce qu'il le méritait bien. Et puis nous voulions donner une espèce de signal littéraire. Cela a été un relatif échec sur le plan du commerce, mais pas sur celui de la littérature.»


Si François Nourissier a réduit ses activités mondaines, c'est parce qu'il est fatigué et que la maladie l'a contraint à ralentir son rythme. En 1995, à la fin d'une journée de ski, alors qu'il entame un dernier petit schuss, il tombe de manière inexplicable. Sur le conseil de son moniteur, plutôt perspicace, il consulte un neurologue dès qu'il rentre à Paris. Le verdict, impitoyable, tombe: Parkinson, «Miss P.» comme il la surnomme pudiquement. «C'est inguérissable, mais on peut vivre longtemps avec.» Et on peut écrire: «Je tape mes manuscrits sur une vieille machine Hermès. Mais il ne faut pas que mes index me lâchent!»


Le livre publié chez Grasset, Neuf histoires françaises, est donc la réunion de neuf romans parmi ses préférés écrits sur une quarantaine d'années. «Ce sont des petits morceaux de la société française de mon siècle.» L'autre titre, Prince des berlingots, paraît chez Gallimard. C'est un texte sur son quotidien d'homme malade, mais qui n'a rien perdu de son humour. «J'étais totalement prisonnier de cette histoire. Ce livre est une tentative pour m'en sortir dans la tête. Je ne pouvais pas faire autre chose et c'est la première fois, je crois, que je me suis senti irrémédiablement écrivain. La première fois que je ne pouvais pas ne pas écrire un livre.» L'héroïne en est donc cette Miss P. qui lui empoisonne la vie depuis sept ans. «Plutôt que de m'abstenir d'écrire à son sujet, par pudeur ou par prudence, j'ai préféré penser que c'était une formidable aubaine. J'ai toujours été fasciné par la mort, alors pour une fois que je pouvais la toucher du doigt, cela aurait été bête de laisser passer l'occasion.»


Envers et contre Miss P.

Ce livre, il l'a écrit comme les autres, le matin entre 5 h 30 et 9 h 30. «Ensuite, je lis.» François Nourissier partage l'essentiel de ses journées entre son bureau et son salon. Un petit ascenseur relie les deux étages, et l'une et l'autre pièce plonge sur le jardin un peu déplumé en ce mois de février. Elles sont remplies d'objets, de photos, de souvenirs. Au mur, une tapisserie signée de Berain, un artiste qui travaillait pour Louis XIV. Et beaucoup de tableaux d'Alechinsky, par exemple, avec lequel il a fait un livre tiré à cent exemplaires. Des collages de sa femme, l'artiste Cécile Muhlstein qui a son atelier au dernier étage de la maison. Là, dans le salon, sur une petite table trône un objet de sacrifice africain offert par Maurice Rheims. Un grand croquis de Claire Bretécher et un autre de Cocteau voisinent avec deux dessins de Maillol.


On l'aura compris, l'une des passions des Nourissier c'est de chiner. «Je pense que la veille de ma mort, j'achèterai encore des objets.» Certains sont précieux, d'autres moins mais tous ont une origine sentimentale. Ces morceaux d'arbres fossilisés provenant du Grand Canyon rappellent le métier de ce père exploitant forestier, mort si jeune, et la passion de la forêt qu'il a transmise à son fils François. Le porte-manteau en forme d'ours de Berne évoque son surnom (Nours) et son amour de la Suisse où il possède un chalet qu'il a dessiné lui-même il y a quarante et un ans.


Dans son bureau sont exposées des photos de ses trois enfants et douze petits-enfants, celles d'amis comme Michèle Morgan ou de «dignités tutélaires» comme Aragon, Jean Paulhan, Marguerite Yourcenar, Guy de Pourtalès, Montherlant. Un dessin de Sempé.


Miss P. est peut-être omniprésente dans la vie de François Nourissier, mais cela n'a en rien émoussé son goût des livres. Il continue à nous faire partager ses coups de cœur dans Le Figaro ou dans Le Point. Il a démissionné de ses nombreuses fonctions mais il s'amuse toujours autant à observer les coulisses de l'univers des lettres. Lancez-le sur le sujet des dessous du milieu littéraire et vous le verrez prendre un malin plaisir à éclairer votre lanterne. Nous comprenons alors que, quoi qu'il en dise, la démission est toute relative!

dimanche 1 juin 2008

François NOURISSIER "En avant calme et droit"



Hector Vachaud n'a qu'une passion immuable : les chevaux. Ils ont été sa passion. Certes, il n'a jamais été un grand jockey, ni une figure emblématique de Saumur mais simplement un homme qui aimait les chevaux et qui enseigne sa passion.
Mais cet homme restant tellement enfermé dans sa passion, ne perçoit pas les changements que la société française qui se trament sous ses yeux.
François Nourissier a toujours voulu que ce livre soit un roman de fiction. Je n'y crois rien car le personnage d'Hector est trop proche de son auteur. François Nourissier a toujours été le garant d'une certaine tradition du roman à la française, des belles phrases ; il ne faut pas oublier qu'il a été le Président de l'académie Goncourt pendant de longues années avant de démissionner pour raisons de santé. Il a consacré la majeure partie de sa vie dans les romans, les textes comme un certain Hector... Sans toutes fois se sacrifier aux modes, aux changements ce qui lui attribue une très grande cohérence de sa bibliographie. Il est resté le même et n'a jamais rien voulu changé de son mode de vie.
Ce qui eut expliquer la confidentialité de son réseau de lecteurs. C'est un homme qui eu une très longue carrière, fructueuse, beaucoup de reconnaissance parmi ses pairs mais parfaitement inconnu du grand public... Personnellement lire Nourissier c'est devenu une drogue car il nous réconcilie avec les livres bien écrits... Livres qui tendent à devenir rares en ce moment.
Par contre de mon côté chauvin de vendéenne, je ne peux que m'attendrir sur cet auteur qui fait des clins d'oeil à mon département à chaque livre (muscadet, séminariste choletais dans le gardien des ruines, Chouans dans En avant Calme et droit...).

samedi 24 mai 2008

Eau de Feu François NOURISSIER


Autant que Résurrection de Christophe Tison m'avait enthousiasmé car il y avait un souffle d'espoir, une promesse d'un futur meilleur.


Que je suis restée sur le carreau en ce qui concerne François Nourissier. Ce livre est dur et cruel à la fois car tellement réaliste.


L'auteur raconte le (son ?) combat contre l'alcoolisme de sa femme Reine. Il raconte comment et pourquoi sa femme est tombée malade de cet alcool. Les verres qu'elle prend en cachette, les apéros joyeux qui petit à petit sombrent dans des séances d'ivresse non contenue. Sans oublier la traque aux bouteilles cachées dans tous les recoins de la maison. Pour finir au chapitre final sans illusions.


Dans ce bouquin, on y retrouve le thème récurant "Nourissien" celui de l'auto flagellation qui est ressentie avec un certain malaise tout durant le roman (car François Nourissier est gravement malade de la maladie de Parkinson et ne peut plus écrire. Ce roman avait été écrit il y a quatre ans et sera le dernier paru désormais) et surtout le thème de l'incapacité de sauver celle qu'il aime.


Le tout enrobé par un français impeccable, je veux dire des belles phrases bien écrites, agréables à lire. Un français, un phrasé rare, à protèger.


A découvrir sans tarder...

mercredi 7 mai 2008

Le gardien des ruines François NOURISSIER



Je ne comprendrais jamais pourquoi des écrivains de grand talent et de grande influence sont ils si méconnus, snobés par le public.

François Nourissier fait partie de ces mythes vivants qui ont sur faire une très grande carrière littéraire (et être le Président de l'Académie Goncourt) et malheureusement il n'est pas si bien connu par le grand public.

Je viens de relire le gardien des ruines, une fresque de la société française de la guerre, et de l'après guerre.

Albin Fargeau se fait agresser par de jeunes voyous qui le séquestrent et durant toute cette journée d'enfer il se remémore de sa vie, de ce qu'il est venu. Les termes récurrents de Nourissier y sont repris :

- de l'homme ne sauvant pas sa femme, en effet ce terme sera repris dans le dernier opus de Nourissier "Eau de Feu",

- l'autoflagellation de l'auteur (qui avait fait ceci lors de son livre " Un Petit Bourgeois")




En Extrait

Et tout à l'heure, dans la rue, tu les as vus ? Les zozos de la chansonnette, les zozos de la guillotine, les zozos du foot, et nous, naviguant au milieu de tout ça sans broncher, comme si rien n'était plus naturel que de voir une société qui s'enfonce dans l'imbécillité. Nous sommes les zozos en chef, les zozos subtils, cultivés, doués d'humour, capables de goûter le spectacle, les bourgeois dans le vent, les amis de nos ennemis, les critiques d'art du graffiti, les dupes idéals. Pardonne mon "mépris" mais ça ne me fait pas rire. Du jour où j'ai eu découvert que la foire où nous vivons était plus ridicule encore que féroce ou injuste, et qu'il fallait en refuser les règles, simplement les refuser, sans chercher à les amender, ce que tu appelles mon "mépris" ne s'est jamais tari. La source en est inépuisable, une hémorragie, une inondation ! Tout en est éclaboussé, jusque dans ma famille, jusque dans mon métier...
François NOURISSIER est forcément quelqu'un de formidable car étant né le même jour que Jean Paul II (certes pas la même année) et de mon fils Erwann : le 18 mai....

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