Yves Viollier "Raymonde"

"Oh Dieu, pourquoi donc en mourant ne nous as-tu pas mués en dieux ! Ma trajectoire quand je m'éfforce de toute mon âme de la maintenir en droit ligne, si je me retourne elle ressemble à ces sillages laissés par les avions, dont le trait un instant précis, peu à peu se dissout, devient flou. Et tout est à refaire, tout s'efface, tout se ternit. Seigneur, donne moi un bout de ton crayon à la pointe si bien taillée, et guide ma main, que je fasse le portrait de ta création, que ce que j'écris te ressemble" Yves Viollier "Raymonde"



"Il va sans dire que la vie n'étant pas une bibliothèque rose elle ne respecte guère ces intentions édifiantes" François Nourissier in "Musée de l'homme"
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mardi 26 août 2008

Mon père vieux soldat, ma mère vendéenne..

Deuxième article paru sur Ouest France


Mon père vieux Soldat, ma mère vendéenne

"Hugo de Lorraine et de Vendée" est un passionnant ouvrage paru aux Editions de l'Est en 1994, écrit par Gilbert Mercier. Ce journaliste originaire du pays nantais a fini sa carrière à l'Est Républicain. Mais sa destinée le menant de l'ouest vers l'est lui a permit de croiser celle du père de Victor, Brutus Léopold Hugo, né à Nancy, qui fit la guerre de Vendée et rencontra "la blanche" Sophie Trebuchet au Petit- Auverné, dans les landes du Pays de Chateaubriand.
Gilbert Mercier a le mérite de mettre à jour un personnage plus sympathique que la légende, taillé comme une poutre, le regard jovial, la chevelure épaisse et bouclée. Le père de Victor est l'archétype du "Mayençais", "bleu" hableur, mais généreux et fraternel. En Vendée, il est de ceux qui ravalent leur colère en face de comportements qui n'ont plus rien à voir avec l'idéal pour lequel ils se sont battus à Mayence. "Honte à Carrier", s'écrit il "honte à cette armée qui est dans Nantes, sans discipline, sans ordre". Anecdote certifiée Brutus sauvera même un petit vendéen de 12 ans qui allait être exécuté par une escouade. Mercier écrit remarquablement cette biographie, avec des faits extrêmement précis, de manière onirique dans la façon "hugolienne" De plus il réfute la thèse que Lahorie (que Napoléon fera fusiller) serait le vrai père de Victor, ce que défendait l'écrivain Geneviève Dormann ("le roman de Sophie Trebuchet"). Car comme son fils, Brutus-Léopold est sanguin, passionné par les mots et par les femmes. Autre argument fatal : "La grimace du Lapin" où une manière bien particulière de retrousser les babines. Brutus et Victor partageaient ce tic.
Le passionnant livre de Gilbert Mercier s'avhève avant la naissance de Victor le 26 février 1802 à Besançon. La suite de la vie du couple Hugo-Trébuchet ne sera alors qu'un long déchirement. Peut être n'étaient ils pas faits l'un pour l'autre ; où alors faits que pour donner un sens à la Révolution Française que Victor Hugo pouvait seul lui apporter.

Ph G

LA LEGENDE MARAÎCHINE DE VICTOR HUGO

Paru sur Ouest France le 25 août 2008

Pour ceux éloignés de Vendée qui ne reçoivent pas Ouest France, je vous recopie les deux articles.




LA LEGENDE MARAÎCHINE DE VICTOR HUGO



Maraîchin Victor Hugo ? On pourrait croire à une plaisanterie. Pourtant, des certitudes demeurent, quant à ses racines maternelles qui sont garnachoises.

Il a fallu attendre longtemps pour dévoiler ce mystère des racines vendéennes du génie de la littérature française. Il a fallu attendre les années quatre-vingt et un document généalogique signé Roger Naux, Un Garnachois disparu en 1998 à l'âge de 87 ans. C'est cet arbre généalogique, travail digne d'un historien professionnel, qui donne le "Certificat du Vendéen" à l'auteur des "Misérables". Ce document révèleque son arrière-grand-mère, Anne Marguerite Dolbeau, était née à la Garnache, au milieu du XVIIIe Siècle. Une Vendéenne de la nuit des temps, dont on trouve trace de ses ancêtres à Saint Maixent sur Vie et au Perrier.


Elle épousa en secondes noces René Lenormand du Buisson, receveur du roi à la Garnache, ou il était né en 1723. Ils auront un fils, René Pierre Lenormand, qui deviendra président du tribunal révolutionnaire de Nantes. C'est lui qui élèvera Sophie Trébuchet, sa petite fille. Et c'est Sophie Trebuchet presque aussi célèbre que son fils qui donnera au petit Victor Hugo l'amour de la "Vendée ravagée par les Colonnes infernales". A tel point dans l'action du roman "quatre vingt treize", la Bretagne s'appelle la Vendée sous la plume de Hugo. Une confusion qui tourne à l'obsession, Hugo y faisant même jaillir une "dame de la Garnache".

Tandis que dans "les Misérables", le héros de la deuxième partie s'appelle Lenormand. Alors que le premier poème du jeune Hugo (dédiée à Chateaubriand, lu au sacre du roi Charles X) est titré "ode à la Vendée". Sans oublier de nombreux alexandrins qui jalonnent son immense oeuvre dont le plus célèbre "... du sang qu'ont versé dans mes veines, mon père vieux soldat, ma mère vendéenne' Mais encore :"Vendée, ô noble terre, ô ma triste patrie, as tu séché tes larmes, parce qu'adolescent, âme à faux jour guidée, j'ai trop peu vu la France et trop vu la Vendée".


Complexe d'Oedipe selon Prouteau


Un autre homme a beaucoup fait pour "vendéaniser" Hugo. Il s'agit du poête Gilbert Prouteau domicilié à Mallièvre, qui va sur ses 92 printemps. Dès les années soixante dix, l'écrivain-cinéaste natif de Nesmy a réalisé pour la télévision le long métrage "Victor Hugo l'homme de l'Ouest" (co-production France3-BBC). Déjà en image, cet "hugolien" (il en connaît 5000 vers par coeur) affirmait cette ascendance garnachoise.
En 2002 avec son livre "Victor Hugo vendéen" (éditions Mosée), il enfonce le clou : "Françis Carco est né à Nouméa. Il n'est pas canaque pour autant, il est corse. Victor Hugo est né à Besançon, il n'est pas francomtois, il est vendéen. Et si le génie se transmet par la mère, selon la tradition hébraïque Hugo est un génie vendéen". Cet ouvrage, il ne désirait pourtant pas l'écrire quand l'éditeur Louis Marie Barbarit (trop vite disparu, à l'âge de 53 ans, en 2004 ) est venu le solliciter :"avec mon film et mes conférences, j'avais trop labouré le terrain" Mais quand ce touche-à-tout à la mémoire de tourne disque a finalement dit oui, il a bouclé son affaire en 18 jours "le temps, que poussent mes radis ! Mais il aurait fallu faire écrire ce livre par un psychanalyste pour expliquer le complexe oedipien de Victor Hugo, tant que l'homme et l'oeuvre sont marqués par une femme, sa mère et par une province, la Vendée".


Philippe Gilbert

lundi 29 octobre 2007





Victor Hugo, Odes et ballades :
Livre I, 2
La Vendée



Ave, Cæsar, morituri te salutant.
TACITE.



I



« Qui de nous, en posant une urne cinéraire,
N'a trouvé quelque ami pleurant sur un cercueil ?
Autour du froid tombeau d'une épouse ou d'un frère,
Qui de nous n'a mené le deuil ? »
– Ainsi sur les malheurs de la France éplorée
Gémissait la Muse sacrée
Qui nous montra le ciel ouvert,
Dans ces chants où, planant sur Rome et sur Palmyre,
Sublime, elle annonçait les douceurs du martyre
Et l'humble bonheur du désert.
Depuis, à nos tyrans rappelant tous leurs crimes,
Et vouant aux remords ces cœurs sans repentirs,
Elle a dit: « En ces temps la France eut des victimes ;
Mais la Vendée eut des martyrs ! »
– Déplorable Vendée, a-t-on séché tes larmes ?
Marches-tu, ceinte de tes armes,
Au premier rang de nos guerriers ?
Si l'honneur, si la foi n'est pas un vain fantôme,
Montre-moi quels palais ont remplacé le chaume
De tes rustiques chevaliers.
Hélas ! tu te souviens des jours de ta misère !
Des flots de sang baignaient tes sillons dévastés,
Et le pied des coursiers n'y foulait de poussière
Que la cendre de tes cités.
Ceux-là qui n'avaient pu te vaincre avec l'épée
Semblaient, dans leur rage trompée,
Implorer l'enfer pour appui
Et, roulant sur la plaine en torrents de fumée,
Le vaste embrasement poursuivait ton armée,
Qui ne fuyait que devant lui.

II

La Loire vit alors, sur ses plages désertes,
S'assembler les tribus des vengeurs de nos rois,
Peuple qui ne pleurait, fier de ses nobles pertes,
Que sur le trône et sur la croix.
C'étaient quelques vieillards fuyant leurs toits en flammes,
C'étaient des enfants et des femmes,
Suivis d'un reste de héros ;
Au milieu d'eux marchait leur patrie exilée,
Car ils ne laissaient plus qu'une terre peuplée
De cadavres et de bourreaux.
On dit qu'en ce moment, dans un divin délire,
Un vieux prêtre parut parmi ces fiers soldats,
Comme un saint chargé d'ans qui parle du martyre
Aux nobles anges des combats ;
Tranquille, en proclamant de sinistres présages,
Les souvenirs des anciens âges
S'éveillaient dans son cœur glacé ;
Et, racontant le sort qu'ils devaient tous attendre,
La voix de l'avenir semblait se faire entendre
Dans ses discours pleins du passé.


III



« Au delà du Jourdain, après quarante années,
Dieu promit une terre aux enfants d'Israël ;
Au delà de ces flots, après quelques journées,
Le Seigneur vous promet le ciel.
Ces bords ne verront plus vos phalanges errantes ;
Dieu, sur des plaines dévorantes,
Vous prépare un tombeau lointain ;
Votre astre doit s'éteindre, à peine à son aurore ;
Mais Samson expirant peut ébranler encore
Les colonnes du Philistin.»
Vos guerriers périront; mais, toujours invincibles,
S'ils ne peuvent punir, ils sauront se venger ;
Car ils verront encor fuir ces soldats terribles
Devant qui fuyait l'étranger.
Vous ne mourrez pas tous sous des bras intrépides ;
Les uns, sur des nefs homicides
Seront jetés aux flots mourants ;
Ceux-là promèneront des os sans sépulture
Et cacheront leurs morts sous une terre obscure,
Pour les dérober aux vivants.»
Et vous, ô jeune chef, ravi par la victoire
Aux hasards de Mortagne, aux périls de Saumur,
L'honneur de vous frapper dans un combat sans gloire
Rendra célèbre un bras obscur.
Il ne sera donné qu'à bien peu de nos frères
De revoir, après tant de guerres,
La place où furent leurs foyers ;
Alors, ornant son toit de ses armes oisives,
Chacun d'eux attendra que Dieu donne à nos rives
Les lys, qu'il préfère aux lauriers.»
Vendée, ô noble terre ! ô ma triste patrie !
Tu dois payer bien cher le retour de tes rois !
Avant que sur nos bords croisse la fleur chérie,
Ton sang l'arrosera deux fois.
Mais aussi, lorsqu'un jour l'Europe réunie
De l'arbre de la tyrannie
Aura brisé les rejetons,
Tous les rois vanteront leurs camps, leur flotte immense,
Et, seul, le roi chrétien mettra dans la balance
L'humble glaive des vieux Bretons.»
Grand Dieu ! – Si toutefois, après ces jours d'ivresse,
Blessant le cœur aigri du héros oublié,
Une voix insultante offrait à sa détresse
Les dons ingrats de la pitié ;
Si sa mère, et sa veuve, et sa fille, éplorées,
S'arrêtaient, de faim dévorées,
Au seuil d'un favori puissant,
Rappelant à celui qu'implore leur misère
Qu'elles n'ont plus ce fils, cet époux et ce père
Qui croyait leur léguer son sang ;»
Si, pauvre et délaissé, le citoyen fidèle,
Lorsqu'un traître enrichi se rirait de sa foi,
Entendait au sénat calomnier son zèle
Par celui qui jugea son roi ;
Si, pour comble d'affronts, un magistrat injuste,
Déguisant sous un nom auguste
L'abus d'un insolent pouvoir,
Venait, de vils soupçons chargeant sa noble tête,
Lui demander ce fer, sa première conquête,
–Peut-être son dernier espoir ;»
Qu'il se résigne alors. – Par ses crimes prospères
L'impie heureux insulte au fidèle souffrant ;
Mais que le juste pense aux forfaits de nos pères,
Et qu'il songe à son Dieu mourant.
Le Seigneur veut parfois le triomphe du vice,
Il veut aussi, dans sa justice
Que l'innocent verse des pleurs ;
Souvent, dans ses desseins, Dieu suit d'étranges voies,
Lui qui livre Satan aux infernales joies,
Et Marie aux saintes douleurs. »

IV


Le vieillard s'arrêta. Sans croire à son langage,
Ils quittèrent ces bords, pour n'y plus revenir ;
Et tous croyaient couvert des ténèbres de l'âge
L'esprit qui voyait l'avenir.
Ainsi, faible en soldats, mais fort en renommée,
Ce débris d'une illustre armée
Suivait sa bannière en lambeaux ;
Et ces derniers Français, que rien ne put défendre,
Loin de leur temple en deuil et de leur chaume en cendre,
Allaient conquérir des tombeaux !



1819

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